• Système de santé : prévenir vaut mieux que guérir

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    Dernièrement, j’ai vécu de plein fouet les effets de la rationalisation des soins sur une personne d’un âge certain. Cela m’a questionnée notamment sur les ressources mises à disposition pour assurer, dans une société vieillissante, des prestations hospitalières publiques de qualité auprès de personnes en situation de vulnérabilité et de fragilité et pour prévenir des problèmes de santé indésirables voire graves.

    Le but de la convalescence est de se reposer et d’améliorer l’état de santé. Le vécu de manque de respect de la dignité et de l’autonomie de la personne soignée ainsi que de sa potentielle mise en danger va dans le sens inverse.

    Pour éclairer mon propos, quelques faits :

    Le jour de son arrivée, choquée, elle résume son accueil par « j’ai eu l’impression d’être à l’asile, parquée dans le couloir ». Nous avons eu peur qu’elle fasse une décompensation psychique sévère qui alterne sa pensée et sa mémoire.

    Perte d’intimité : des portes de chambres constamment ouvertes. Le personnel ne les referment pas après son passage.  La tête de son lit fait face à la porte d’entrée de la chambre ; les WC, situés dans le couloir, sont juste à côté avec le va et vient qui en découle.

    Au nom de rationalisation, non respect de son régime alimentaire. Par la même, elle ne mange presque rien de peur des effets dommageables sur sa santé.

    Proposition médicale de doubler son somnifère afin de lui permettre de dormir malgré les bruits environnants. Elle refuse pour ne pas être abrutie par les médicaments.

    Après l’avoir entendue, en larmes, supplier de rentrer chez elle au plus vite, je désire parler au médecin. Ce n’est pas le jour de son passage dans ce service. On me dit qu’il me téléphonera. Après 2 heures d’attente, j’informe que nous partirons sans le consentement médical dans la demi-heure. Son cas devient prioritaire. Après discussion avec le corps médical, elle passe une dernière nuit à l’hôpital afin que son retour à domicile se déroule au mieux.

    Selon moi, cette situation illustre concrètement ce dont la presse fait cas régulièrement : la surcharge de travail administrative des médecins (2/3 du temps) qui se fait au détriment du temps auprès des malades (1/3 du temps) ainsi que le manque de personnel soignant.

    Pour se faire entendre, l'association suisse des infirmiers et infirmières (ASI) aborde cette problématique sous l’angle économie : une étude réalisée par des chercheurs des Universités de Bâle et de Berne, sur la base de données collectées par l'Office fédéral de la statistique montre qu’augmenter la proportion de personnel infirmier de 80% dans les hôpitaux permettrait notamment de faire baisser la durée des hospitalisations. Les résultats indiquent que plus la proportion de personnel infirmier est élevée, plus le risque de mortalité des patients est faible et plus ils peuvent quitter l'hôpital rapidement. A l'inverse, moins il y a d'heures de soins qualifiés par jour plus le risque d'événements indésirables augmente. Une économie de plus de 350 millions francs en découlerait malgré la hausse de la masse salariale. Selon une autre étude en cours, d'autres économies sont possibles du côté des EMS: 42% des hospitalisations de résidents d'EMS pourraient être évitées, s'il y avait suffisamment de personnel soignant qualifié. Il en résulterait la suppression des coûts inutiles estimés à près de 100 millions de francs par an.

    Ainsi, afin de continuer à donner des années à la vie et de la vie aux années, il est donc totalement envisageable de repenser notre système de santé et le financement de ses prestataires sans hausse de coûts à la clef.

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